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Mme Neeti est anthropologue.
Pour mieux comprendre les relations entre adoptants et adoptés, elle a accepté de mettre en lumière différents aspects de l’adoption, des thématiques rarement abordées car trop taboues, grâce à l’anthropologie.
Introduction
Bonjour Neeti, bienvenue dans le podcast. Merci d’avoir répondu présente à mon invitation. Lors du 4ème sommet virtuel des adoptés, nous avons décidé d’enregistrer un podcast sur l’anthropologie et l’adoption.
En effet, tu as choisi cette filière pour tes études. Avant de commencer est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ? Et nous dire pourquoi l’anthropologie.
[Mme Neeti] Merci beaucoup pour ton invitation. moi c’est Neeti.
J’ai 40 ans. J’habite en Suisse et j’ai choisi l’anthropologie parce que je voulais comprendre ce qui faisait nos humanités, nos différences mais aussi nos ressemblances.
Je suis quelqu’un qui est tout le temps en questionnement. C’est pour ça que j’ai choisi l’anthropologie. Même si après avoir fait mes études que j’ai terminé en 2011, j’ai eu plus de questions que de réponses. Mais c’était bien parce que je préfère ça. ça permet d’éviter d’être figé dans des réponses toutes faites. Le cheminement qui reste à faire, il est toujours là.
c’est mon énergie.
Qu’est-ce que l’anthropologie ?
L’anthropologie, ça veut dire l’homme, l’humain.
La parole, le discours sur l’humain c’est-à-dire sur ses rites, ses croyances, c’est son organisation sociale et culturelle. C’est large et ça se distingue de l’ethnologie.
L’ethnologie, ça va être plus spécifique à une culture alors que l’anthropologie est la comparaison entre différentes cultures.
Par exemple, si on prend l’accouchement. Comment se passe l’accouchement dans certaines cultures ? Quelles sont les ressemblances et les différences ? Comment on peut s’en inspirer ?
Ton histoire en tant qu’adoptée a t’elle un lien avec le choix de l’anthropologie ?
[Sandra] Tu es née en Inde et tu as été adoptée en Suisse. Penses-tu que ton histoire d’adoption a eu un impact sur le choix de cette matière ?
[Mme Neeti] Quand j’ai choisi cette matière-là je ne l’ai pas pensé comme ça. C’était juste en lien même avec la base de l’anthropologie. à la base dans son histoire, l’anthropologie était liée à la philosophie. J’avais plus un questionnement philosophique sur l’humain plutôt que me dire « ah oui c’est lié à mon histoire ».
Surtout que dans mon histoire, bizarrement, l’humanité était peu présente.
Comment devenir anthropologue ? Quelles spécialités ?
J’ai fait un diplôme d’anthropologie sociale et culturelle. J’ai fait un master. Après, on peut continuer les études et être docteur en anthropologie, ce que je ne suis pas. Là se spécialiser, par exemple, en anthropologie de la santé, anthropologie politique, anthropologie du féminin, etc.
Adoption et anthropologie : quels liens ?
[Sandra] En échangeant sur l’adoption, d’une manière générale et ton métier, on a vu qu’il pouvait y avoir certaines explications sur des questionnements que j’avais.
Ma première question : quand on parle adoption et d’adoptés, il y a toujours le mot « enfant » qui est associé.
« Enfant adopté », alors que tu as 40 ans, ça fait bizarre.
Les personnes adoptées sont maintenant parents, grands-parents.
Alors pourquoi cette notion « d’enfants adoptés » ? Et pourquoi on a du mal à parler de « personnes » adoptées ?
[Réponse de Neeti] Adopté et adoptant, je vais utiliser le mot « adoptant » pour les autres personnes qui adoptent, ça renvoie à un imaginaire. À un imaginaire et aussi à des pratiques qui font que le processus d’adoption jusqu’ici était lié à l’adoption d’enfants. Des parents, des adultes qui adoptent des enfants. Même si à l’âge adulte, l’adoptant parle à un adopté, pourquoi est-ce qu’il ne le voit pas comme adulte ?
Parce qu’il va, dans son raisonnement, même s’il y a une information dissonnante « Je suis face à un adulte et plus face à un enfant », il va la mettre de côté.
Pourquoi ? Parce qu’autrement, ça remettrait en question ses convictions, son comportement. ça va empêcher d’avoir une identité cohérente et stable.
Il y a déjà ça. Dans le processus d’adoption, j’ai remarqué c’est qu’il y a cette question de l’altérité. C’est-à-dire, il y a une distinction entre nous, les adoptants et les adoptés, les autres. Cette attitude va imposer des stéréotypes, c’est-à-dire tout un ensemble de croyances, de représentations, de mythes qui vont imprégner complètement cette relation entre l’adoptant et l’adopté.
La problématique, c’est que ces stéréotypes vont façonner les identités, autant celui de
l’adoptant que celui de l’adopté. ça va les figer dans un temps, dans un lieu, dans des
rapports sociétaux, des rapports familiaux.
C’est déjà une problématique. Cette relation à l’autre va se mettre par rapport à 2 choses : la différence et la ressemblance. La différence va être une différence qui est une mise à distance des origines de l’adopté.
Cette mise à distance, elle est déjà géographique. Elle est historique. Parce que l’histoire de l’identité de l’adopté, de sa culture, elle est écartée. Elle est mise de côté.
ça arrive que dans l’histoire de l’adopté, les personnes vont dire « ah mais je ne te vois pas
comme », si la personne est d’origine indienne : « ah moi je te vois pas comme indienne ». C’est un effacement, une mise à distance de la culture. Il y a aussi la différence qui va s’exprimer
par rapport à une représentation de l’exotisme.
L’exotisme
L’exotisme c’est quoi ? ça vient du grec. C’est l’idée de ce qui est extérieur. Mais c’est aussi ce qui est étranger et ce qui donne une sensation de ce qui est extérieur à soi-même. Vers
1552, tout ce qui était exotique se rapportait à des biens matériels. C’est issu de pratiques de négociation, de transaction. Vers le 19e siècle, l’exotisme, ça se rapportait à tout ce qui est habitude ou à l’art. Par exemple, à des sensations comme l’odeur, à un parfum exotique, les paysages. Tout ce qui est de la vue, de l’ouïe, des instruments de musique.
Par exemple, ou ce qui est du goût des saveurs, des plats qui ne sont pas de notre pays d’origine.
Et puis après, il y a eu une distinction entre ce qui est exotique et le fait que le goût pour ce qui est exotique. Le fait que j’aime ce qui vient d’ailleurs. C’est d’ailleurs une distinction par rapport à ça. On le verra beaucoup dans la littérature et dans la peinture. On va apprécier ce qui vient d’ailleurs, qui n’est pas de soi-même, de sa culture ou de son statut social ou de son cercle social.
L’exotisme pour celui qui en parle, c’est plutôt quelque chose de positif. Même si c’est un discours sur l’autre, ça reste pour la personne qui en parle, quelque chose de positif comme une espèce de valorisation de l’autre.
Mais de ce que j’en imagine, pas forcément de ce qui est réel, de toute la réalité complexe. Alors que l’imaginaire va plutôt simplifier ce que je pense de l’autre, cet exotisme va mettre quelque chose qui est très important.
C’est de nouveau cette idée de distance. C’est de mettre une distance entre un chemin entre
ce qui m’est familier, moi qui suis adoptant par exemple, et ce qui m’est étranger, qui ressort de de toute la culture de l’adopté.
Pour que je me sente que l’adopté se sente à l’aise, il va essayer de se situer à mi chemin, pour que ce soit suffisamment différent, pour que ça soit intéressant mais suffisamment familier, pour que ce soit compréhensible. Il y a ça dans cette altérité donc la différence mais il y a aussi la ressemblance, mais cette ressemblance, bizarrement, elle va être effacée donc dans tout
le processus de l’adoption.
L’effacement de l’exotisme dans l’adoption
Tous les traits qui sont liés à la culture, que ce soit les représentations, les mythes, les croyances, les coutumes, etc, c’est un processus. Une personne adoptante en contact avec personne adoptée, il y aura normalement des changements qui vont affecter aussi bien l’adoptant que l’adopté. Mais bizarrement, à un moment donné, il y aura une espèce d’effacement de l’étrangeté de l’adopté.
bien sûr je peux prendre la notion d’acculturation mais elle est très connotée. Elle est assez négative. Elle ne dit pas tout de la multiplicité des liens entre adoptant et adopté. L’acculturation est beaucoup reliée aux études sud africaines où il y avait une différence. Les cultures africaines étaient perçues comme archaïques par rapport aux cultures européennes qui étaient perçues comme civilisées. Même si c’est pas réel du tout.
Ce qui est important de voir, c’est que ce processus d’adoption, il y a des changements. Dès le moment où il y a contact, il y a des changements dans les 2 cultures.
Mais bizarrement in finé, ce sera dans la culture adopté qu’il y aura un effacement ou une altération. ça sera un enjeu d’identité pour l’adopté.
Anthropologie, exotisme et adoption
[Question] Tu parles d’exotisme car des enfants adoptés sont nés à l’étranger puis adoptés par des familles française, québécoise et de l’exotisme par rapport à ça. Est-ce que ça implique que
l’anthropologie a comme repère l’homme blanc par rapport à à un homme qui n’est pas blanc ?
[Réponse] ça dépend à quel moment le processus d’adoption a été fait.
Les stéréotypes sont liés à un temps et un lieu.
Donc, si à un moment donné, dans le temps de la colonisation, ça peut être plutôt des personnes dites blanches qui vont adopter des personnes qui ne le sont pas. Il est important de voir qu’après la décolonisation,il y a toujours eu cette adoption. Je pense que c’est ça imprègne plutôt l’imaginaire. Mais les adoptants ne se perçoivent pas comme étant catégorie du dominant.
Ils ne se réfèrent pas à cette donnée historique de la colonisation. C’est pour ça que pour les adoptants, ça peut paraître surprenant pour eux, qu’on peut leur envoyer qu’ils ont des préjugés ou des stéréotypes raciaux ou de colonisateurs. Historiquement, on n’est plus dans cette période-là. Donc ça demande quand même une certaine délicatesse d’approcher cette problématique là. On peut se retrouver avec des comportements où les gens se sentent vraiment heurtés profondément. Parce que dans leur approche, ce n’était pas cette manière-là.
Ils ne se voyaient pas comme étant issus d’une culture ou d’une société dominante.
Un exotisme “positif” mais de paroles très sévères et négatives vis à vis d’un enfant adopté
[Question] Tu parlais également du fait que ce soit connoté de façon plutôt positive quand on parle d’exotisme.
Qu’est-ce qui implique que cette intégration ou peut-être assimilation a été compliquée ?
La construction le rapport aux personnes même aux enfants qui à la maternelle sont sont très durs et nous renvoient l’image qu’on n’est pas blanc comme eux, pourquoi il y a autant de de
paroles brutales violentes envers les enfants adoptés alors qu’il y a cette notion de de positivité de quand c’est exotique ?
ça a un lien avec l’appartenance l’appartenance à un groupe. dès le moment où il y a un processus d’adoption, la question de l’appartenance à un groupe arrive. on fait entrer une personne d’un autre groupe culturel, dans un autre de un don mon groupe culturel donc ça va demander deux choses en même temps.
c’est à la fois une identification de l’adopté au nouveau groupes mais du coup une subordination de son groupe d’origine au groupe pays de d’adoption en T humain on a cette façon de classer que c’est qu’ il y a une hiérarchisation.
il y a une subordination et il n’y a pas une égalité. il va émerger un étalon de mesure de l’humanité c’est-à-dire que dès le moment où mon groupe d’appartenance d’origine il est subordonné au groupe d’appartenance de d’adoptant.
l’étalon de mesure ce sera la société qui m’a adopté et pas du tout dont je suis issu. d’emblé la représentation que j’aurais que je vais prendre conscience que la représentation de ma propre culture d’origine sera d’emblé négative.
il y a autre chose. quand deux groupes sont subordonnés l’un à l’autre et les différences entre les groupes sont perçues comme plus importantes qu’elles sont réellement et puis les différences du groupe.
par exemple du groupe des personnes adoptante va être plutôt valorisée. c’est pour ça que ça va les paroles les discours parce qu’en fait à quelque part il y a des paroles et des discours qui sont ce qui se concrétisent par des comportement envers les Adoptés qui et qui vont être marqués par une certaine dureté voire une certaine violence.
mais les adoptants ne vont pas percevoir que c’est violent leurs paroles et leur comportement. pourquoi ? parce que dans la construction et cette classification des groupes d’appartenance, la subordination atténue cette violence là.
En parler
Comment expliquer ça aux parents ? Comment expliquer que les paroles que peut entendre un enfant sont dures ?
C’est un article fort et nécessaire ! J’ai été particulièrement touchée par le passage sur l’exotisme et l’effacement culturel (cette pression silencieuse qui pousse à “oublier” ses origines pour mieux s’intégrer est un défi émotionnel puissant). La façon dont tu relies anthropologie, identité et adoption donne de l’espace à des questionnements souvent tus : bravo pour cette écoute subtile et cette invitation à reparler en conscience.