De l’importance d’apprendre la langue natale à ses enfants adoptés

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Lorsque j’ai eu 12 ans, j’ai eu l’occasion d’apprendre une 2ème langue, en dehors de l’anglais, grâce au système scolaire français.

Alors qu’il était l’heure de faire un choix entre l’allemand ou l’espagnol, j’avais choisi allemand. Cependant, mes parents n’étaient pas d’accord avec ce choix et j’ai dû opté pour l’espagnol.

Plus de 25 ans plus tard, je reviens sur cet épisode, avec beaucoup de recul et surtout, ce que j’aurais bien aimé que l’on me dise à cette époque !

Cet article participe à l’évènement “L’importance de transmettre sa langue natale à ses enfants” du blog apprendre-le-lingala.com. J’ai trouvé que c’était une belle occasion de revenir sur un sujet, une décision que je n’avais jamais comprise jusqu’à il y a encore peu de temps.

Accepter sa langue natale quand on est adopté

Les parents adoptifs parlent rarement la langue natale du pays de l’enfant qu’ils ont adopté.

La transmission se fait donc par un autre moyen.

En ce qui me concerne, cela s’est fait grâce au système scolaire.

Malheureusement pour moi, étant dans le déni complet de mon adoption, je n’étais pas prête à intégrer complètement cette langue.

Car apprendre sa langue natale, c’est également apprendre à connaître la culture du pays. C’est donc accepter notre double culture.

Du haut de mes 11-12 ans, ce n’est pas comme ça que je l’ai vu.

Je réalise à présent que ce choix aurait pu être l’occasion d’ouvrir une discussion, un débat sur le sujet sensible de mon adoption.

Cet épisode, a priori banal, m’a quand même marqué. Je vois encore très bien la scène. Moi, face à mes deux parents, et ce dossier à la main, avec la case que l’on doit cocher. Sachant très bien qu’une fois coché, ce choix deviendrait irréversible.

Mais alors qu’à l’époque, je n’avais pas compris l’importance de cette décision, je l’avais plutôt pris comme une punition.

Une double culture qui nous collera à la peau toute notre vie

Née dans un autre pays, adoptée et donc de nationalité d’un autre, toute ma vie, cette sorte de double culture m’a poursuivie.

Que ce soit en voyage, ou même lors de rencontre, il y a eu, même s’ils sont plutôt rares, ces questions qui dérangent : « Tu connais ton pays d’origine ? Tu es déjà allé là-bas ? Ah mais tu es bilingue alors ? »

Non, je ne suis pas bilingue, d’ailleurs je suis nulle en espagnol.

Car quand on se considère française, quoiqu’il se soit passé, cette « double culture » n’est pas forcément facile à admettre.

Cependant, avec le recul, je me rends compte qu’apprendre ma langue natale, l’espagnol, aurait pu être une première façon d’être moins dérangée par toutes ces questions. C’est vrai que j’aurais préféré pouvoir répondre :

« Oui je parle espagnol, c’est aussi ma langue natale et j’en suis fière ».

Transmettre sa langue natale pour voyager plus librement

En plus de toute une culture que l’on découvre lors de l’apprentissage d’une langue, c’est également un champ des possibles qui s’ouvre lorsque l’on voyage.

C’est une claque en moins que l’on se prend.

En effet, il est arrivé qu’en voyage, alors que j’expliquai que j’étais française et donc ne parlais pas la langue, les personnes se vexent. Elles me voyaient comme une personne hautaine, car dire qu’on est français, ça fait chic. Elles pensaient que je reniais mes origines (ce qui en soit n’était pas faux) et que j’étais fière. Ainsi, elles croyaient que j’avais délibérément « perdu » mon espagnol. Évidemment ça n’était pas le cas.

Mais quand on ignore sa langue natale et que l’on est dans le déni de son adoption, vous pouvez imaginer, ou pas, les dégâts que cela peut faire des deux côtés (du mien et de celui de mon interlocuteur).

Maîtriser ma langue natale m’aurait permis d’être plus à l’aise dans certaines situations.

Même si l’on n’a pas tous le souhait de vouloir retourner dans son pays d’origine, c’est toujours agréable de penser que le jour où l’on est prêt, on n’aura pas besoin de prendre 3 semaines de cours intensifs. Et ne pas avoir la barrière de la langue à un moment crucial de notre vie, ça enlève une épine du pied, pour ne pas dire un gros poids lourd.

Ce qu’il faut retenir

Quand on a 12 ans, on n’est pas forcément en âge de tout comprendre, les tenants et les aboutissants de certains choses. Quand on est habité par une liberté, les choix que font les adultes à notre place peuvent être dévastateurs.

D’où la nécessité de communiquer et de profiter d’occasions qui sortent un peu du cadre sensible de l’adoption pour savoir où en est son enfant quant à celle-ci.

En effet, transmettre la langue natale à ses enfants peut s’intégrer dans le processus de quête d’identité. Car il est vrai que, même si je ne l’avais jamais admis, cette culture latino-américaine m’a toujours fascinée.

Plus de 25 ans après cet épisode qui est encore très clair pour moi, je me dis que les choses auraient pu se passer différemment. Puisse mon expérience vous aider à éviter certaines erreurs.


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