Le Journal d Une Adoptée

La normalité adoptive pour comprendre l’arrivée d’un adopté – 2/3

Publié par Sandra le

Comment gérer son adoption quand on a été adopté

L’enfant est arrivé. Grâce à la normalité adoptive, découvre les réponses à tes questionnements.

Pour la 1ère partie sur les questionnements avant l’adoption, c’est par ici : la normalité adoptive – les questionnements pré-adoption

Partie 2 : L’arrivée de l’enfant

Dans cette 2ème partie, on aborde l’arrivée de l’enfant au sein de sa nouvelle famille ainsi que la partie adolescence.

1. Le mythe de « tomber en amour »

Le mythe de la naissance est que, quand un bébé arrive dans notre vie, on doit tomber en amour tout de suite avec lui. On doit l’aimer au premier regard, que le bébé soit né naturellement ou adopté.

Mais ça n’est pas forcément le cas.

Il y a une confusion très forte entre l’attachement et l’amour.

L’attachement n’est pas l’amour.

L’attachement est un processus qui prend des jours, des semaines, des mois, des années.

Quand un enfant arrive dans la famille, l’enfant ne devient pas enfant de suite, le parent ne devient pas parent de suite.

Garder un espace pour l’enfant qui est en choc est primordial. Suivant son histoire, il ne va pas aimer de suite sa nouvelle famille. Il a pu s’attacher à d’autres avant, puis « le pont s’est cassé », suivant l’allégorie des ponts mentionnés dans la 1ère partie.

Ce ne sont pas les 10 premières secondes qui vont déterminer l’amour que les enfants vont porter tout au long de leur vie à leurs parents.

Il faut un temps pour s’apprivoiser.

Pour l’enfant et les parents, c’est un choc, il y a besoin de temps et d’espace pour tous

L’attachement peut être profond et très fort après, comme il peut se rompre ensuite, après le coup de foudre.

L’attachement est mutuel. On parle de troubles de l’enfant mais c’est également valable pour un parent qui s’attache à l’enfant.

2. Les parents culpabilisent quand même

Malgré la connaissance sur l’attachement, les parents ne peuvent s’empêcher de culpabiliser et d’avoir honte. La honte, par exemple, de trouver que l’enfant n’est pas beau.

Ce sont les professionnels qui accompagnent qui doivent parler aux parents, leur faire comprendre qu’il n’y a pas de honte à avoir si l’enfant ne s’attache pas immédiatement, si cela prend du temps.

3. Le choc pour l’enfant

Les parents culpabilisent également si l’enfant ne s’attache pas, n’aime pas immédiatement.

Mais ils doivent comprendre que l’enfant et eux ne sont pas au même niveau.

Les parents ont déjà franchi beaucoup d’obstacles. Ils ont passé les étapes du processus d’adoption et ont obtenu le « permis », l’agrément pour être parent. Ils sont « prêts ».

L’enfant, lui, n’a été informé de rien. Il ne sait pas.

Retrouver un nouvel environnement, une nouvelle famille est un nouveau choc pour l’enfant.

Il va le manifester de différentes façons.

Les parents ne doivent pas non plus oublier que les enfants ont subi un traumatisme, qu’il n’est pas préparé à intégrer un nouvel environnement même si ce dernier qui lui est offert est (censé être) sécurisé.

Pourquoi les parents biologiques prennent tant de temps à prendre soin de leurs enfants si on ne faisant rien, ça ne laisserait aucune séquelle ?

En ayant obtenu un agrément, on a potentiel d’être un parent, mais cela ne signifie pas que ça va être un long fleuve tranquille ! ça nécessite de s’entraîner, comme pour les autres domaines de la vie.

Par ailleurs, l’enfant est-il prêt à recevoir cet amour ?

Il faut apprendre à moduler la quantité d’amour, de sécurité, de permanence et être un camp de base.

Un camp de base de sécurité et de confiance à partir de lequel l’enfant va pouvoir se construire et partir à la conquête de l’univers.

4. Oser demande de l’aide

Mais parce qu’il a enfin obtenu ce qu’il souhaitait, un enfant, la société considère qu’il n’a pas le droit de se plaindre, qu’il n’a pas le droit de demander de l’aide car il a « été sélectionné ».

Il est temps de s’autoriser à aller voir les professionnels, de demande der l’aide auprès de personnes qui connaissent la normalité adoptive et qui ne tombent pas dans les mythes.

L’adoption d’un bébé versus un enfant grand ne change pas le fait que celui-ci a une mémoire cellulaire. Il a des souvenirs, il a une histoire, et qui n’est pas forcément négative.

L’enfant négligé, traumatisé, et le développement normal de ces ceux-ci nécessitent la mise en place de facteurs de protection.

Il est important d’avoir des professionnels médicaux dans ces aspects médicaux et de développement. L’expertise doit être disponible car les professionnels savent que les styles d’attachement insécurisés sont dans le spectre des syndrome post trauma comme pour les gens qui reviennent de la guerre, des attentats terroristes.

5. Le traumatisme

Depuis le dernier volume du DSM qui est la nomenclature des troubles psychosociaux et psychiatriques, les styles d’attachement insécurisés sont clairement nommés comme trauma.

Or, on demande à des enfants de 1, 2, 3 4 ans de se remettre de ces traumatismes une fois placés dans leurs familles. Chose que l’on ne demanderait pas à un soldat revenant de guerre ou à un survivant d’attentats terroristes.

Personne ne va leur dire « bon ok, t’es rentré chez toi, dans ta famille, tu devrais aller mieux maintenant« .

5. Survivance et adaptation

Il ne faut pas oublier non plus que l’enfant est un survivant. Dans la normalité adoptive de Johanne Lemieux, c’est l’une des grandes spécificité par rapport à l’enfant non adopté.

Le dire à l’enfant et à le célébrer est important car l’enfant s’est beaucoup adapté dans ce parcours. 

Or, quand on s’adapte, on met notre développement de côté, notre cerveau n’est pas disponible pour se développer au bout de son potentiel.

C’est le grand revers à l’adaptation.

6. La scolarité

Le passage dans la scolarité peut également être un passage compliqué.

On l’a vu le développement peut être plus lent en terme de maturité affective. Un enfant, qui a 7 ans, le corps d’un enfant de 7 ans, n’aura pas forcément la maturité affective d’un enfant de 7 ans, mais plutôt de 6 ans.

Il pourra être plus câlin que les autres, ça va créer un décalage avec les autres.

Malheureusement, en France, par rapport à un enfant adopté, on ne prend pas en compte que les facteurs de protection doivent être mis en place le temps de rattraper le retard de développement.

Au collège, la scolarité est le problème numéro 1

En effet, on est à l’âge de 12-13 ans. Le corps change, on ne peut pas le contrôler, le niveau de sécurité affective est différent.

Son âge mental est différent de son physique. Mais, pour s’adapter, s’intégrer, ne pas être rejeté, l’enfant fait semblant de s’intéresser à des choses qui ne l’intéresse pas. Il se met en danger, de ne plus se respecter, ne casser sa sécurité affective.

Au Québec, l’enfant n’est pas immédiatement placé à l’école pour laisser le temps à lui-même et à ses parents de créer l’attachement et de passer le choc de l’intégration dans la nouvelle famille.

En France, ce n’est pas appliqué pour ne pas que l’enfant « aille à l’école de suite mais en france, il va « ne prenne pas de retard ».

Partie 3 : Post adoption, l’adolescent adopté

Le mythe de l’adolescence

L’adolescence est un passage avec un mythe général : « ça va être l’horreur. »

Mais c’est un passage nécessaire pour tous.

Pour l’adopté adolescent, il y a un haut haut risque d’être en maturité affective plus jeune.

Or c’est la maturité affective qui nous aide à avoir du jugement, à régulariser nos affects.

Il y a un écart entre le développement affectif, l’âge chronologique et ce que l’on demande à cet âge.

C’est stressant pour tous d’être un ado

En traversant cette adolescence, si l’on ne fait rien pour s’affirmer, on régresse vers nos vieux outils de survivant, là où l’attachement sécurisé n’existe pas.

L’adolescent, si le parent ne réagit pas, va se placer en mode Solo, Velcro, Sumo car il va se placer en stress, il va perdre ses repères.

Les solos, par exemple, ne vont rien demander. Ils seront trop gentils, trop calmes, trop obéissant et vont attendre que le donneur de soin (le parent) devine ce qu’il se passe.

Il y a également parfois des facteurs déclencheurs qui aggravent la situation.

Si la situation d’un attachement sécurisé est temporairement débranché, le parent doit le savoir afin de ne pas y ajouter de stress, comme les injonctions d’être le meilleur par exemple.

Si le stress est supprimé, les comportements d’attachement insécurisés vont se remettre en mode sécurisé. 

L’OMNI, ce trou à combler chez l’adopté

Enfin, la 3ème chose qui arrive à l’adolescence est l’OMNI : l’objet manquant non identifié.

C’est-à-dire de connaître son histoire, de savoir si l’on n’est né d’un acte d’amour ou de violences. « Ai je des frères et soeurs ? est-ce que j’ai ce talent de ma mère biologique ? »

C’est comme un trou.

L’OMNI, côté parent

Ce trou, les parents adoptants ne doivent surtout pas tenter de le combler. C’est impossible.

Leur rôle est donner les conditions à l’enfant pour qu’il apprenne à vivre sans les réponses et à l’accompagner pour trouver les réponses.

Mais comme ils ne peuvent pas le combler, les parents se sentent incompétents et les enfants peuvent leur reprocher de ne pas le combler. On entre dans un cercle vicieux, le deuil ne sera jamais fait.

Johanne Lemieux précise que l’OMNI est souffrant. Parfois cela se voit par le fait de beaucoup manger, d’accumuler des choses, tout en ayant honte d’être comme ça.

Enfin, le parent ne doit pas avoir honte de dire qu’il ne sait pas, qu’il ne sait pas tout sur son passé, avant l’adoption.

L’OMNI, côté adopté

En tant qu’adopté : il nous faut apprendre à vivre avec. Ça n’est pas un choix d’avoir ce trou, que ce soit côté parent, côté enfant et même côté famille biologique.

La bonne nouvelle est que l’on peut le combler avec autre chose, qui n’a pas forcément de rapport.

Mais cela appartient à l’ado. Il reprend son histoire, cela devient son narratif, même s’il ne sait pas tout.

La triade

Un dernier point concernant le fait qu’un parent, en accueillant un enfant adopté, entre dans une triade :

  • lui
  • l’enfant
  • la mère de naissance

Il est important qu’il sache se situer par rapport à cette triade et notamment par rapport à la famille de naissance.

Car c’est ce qu’il va transmettre à ces enfants et faire en sorte que ça ne soit pas tabou.

En tant que parent, que pensez-vous qu’il se cache derrière cette famille de naissance : est-ce une famille pauvre, des gens ignobles ? Il est important de ne pas tomber dans la réponse unique et simple. En effet, il y a toujours bien plus qu’une raison pour qu’un enfant soit adopté. Ce n’est pas que la pauvreté ou les règles sévères du pays qui ont conduit à cette situation.

Enfin, il n’est jamais agréable de voir souffrir quelqu’un de quelque chose dont on n’est pas responsable.

Devenir parent par adoption, c’est être à l’aise avec toutes ces options là, les besoins vont grandir avec l’enfant quand lui même grandit.

C’est accepter que l’on ne peut rien faire mais aider et savoir qu’il aura les ressources et la force de combler ça.

Être un ado adopté

Être un ado adopté, c’est connaître les mêmes phases qu’un ado normal mais avec des deuils supplémentaires à faire : ne pas savoir à qui l’on ressemble, savoir qui l’on est, notre identité.

Les parents ne peuvent pas tout guérir mais ils peuvent accompagner pour apaiser. Ils ne doivent pas non plus céder aux injonctions sociétales : « pourquoi tu ne veux pas chercher tes parents biologiques ? » « pourquoi tu es en retard dans ta scolarité par rapport aux autres », etc.

Les parents doivent être capables de déminer avant pour que rien ne soit tabou et que l’enfant avance comme il veut.

Et c’est cette capacité qui devrait être évaluée lors de l’agrément, du processus d’adoption.

Ressources sur la normalité adoptive

🔗 En savoir plus sur la normalité adoptive, il y a la bible de référence écrite par Johanne Lemieux : La normalité adoptive.


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