Le Journal d Une Adoptée

La normalité adoptive de Johanne Lemieux 1/3

Publié par Sandra le

Mini-série sur la normalité adoptive de Johanne Lemieux – 1/3

Dans le podcast Le Journal d’une Adoptive, une mini-série spéciale consacrée à la sensibilisation de la normalité adoptive.

Un concept à appréhender le plus rapidement possible tant pour les postulants à l’adoption que pour les enfants adoptés devenus adultes.

Qui est Johanne Lemieux, créatrice du concept de normalité adoptive ?

Johanne Lemieux, conférencière au sommet virtuel des adoptés

Johanne Lemieux est liée à l’adoption de par ses 3 enfants, qu’elle a adoptée.

« Incompétente et vulnérable face à ses enfants », elle est partie à la recherche d’informations qui l’aideraient à mieux les aider, les éduquer.

Johanne Lemieux fait des découvertes et a à coeur des les partager, de les rendre visibles à tous.

Une rencontre avec le Dr Chicoine change sa vie.

Depuis, Johanne Lemieux a écrit de nombreux livres sur l’adoption, a créé les concepts de « normalité adoptive » et d’OMNI avec pour mission que les parents et enfants (adoptés) puissent mieux se comprendre, créer un lien d’attachement.

Travailleuse sociale, Psychothérapeute, Conférencière, Animatrice, Chercheuse, Auteure, Johanne Lemieux est la référence dans le monde de l’adoption francophone.

Reçue par l’équipe de la webradio de la Voix d’Adoptés, Johanne Lemieux donne un entretien « À la croisée des liens et des histoires » et fournit des pistes à la fois aux personnes adoptées et aux adoptants. Retrouve ici la synthèse des réponses de Johanne Lemieux.

À quoi sert la normalité adoptive ?

La normalité adoptive permet de mieux se connaître, d’avoir des outils pour se construire au mieux.

Côté parents, elle autorise à se poser les bonnes questions, à bien se préparer et préparer l’arrivée de l’enfant.

Elle met en lumière certains dysfonctionnements qui ont eu lieu, et qui peuvent toujours exister actuellement, basé sur des postulants erronés, empêchant à la fois les parents et les enfants de créer un espace de protection avec des facteurs de sécurité.

Le concept de la normalité adoptive avant la phase d’adoption

Pour commencer, parlons de la phase AVANT l’adoption.

Que tu sois adopté, adoptant, adoptif, cela va nourrir tes réflexions, tes cheminements et surtout découvrir « ce que tu ne sais pas », citation favorite de Johanne Lemieux dont l’auteure est Maya Angelou.

Les indications de temps mentionnés correspondent à l’émission de radio dans lequel Johanne Lemieux a donné son interview, que vous pouvez écouter en cliquant ici et non pas à l’épisode de podcast ci-dessus.

1. Quel processus de réflexion à avoir avant l’adoption ? (10:50)

Dans quel état d’esprit doivent être les parents adoptants ? À quoi ils doivent s’attendre ?

2 choses à faire pour les futurs parents :

  1. Faire le deuil de l’enfant modèle de base qui est un enfant voulu désiré
  2. Mettre les facteurs de protection et éviter les facteurs de risque

L’enfant modèle de base est « fabriqué dans l’amour et le plaisir. C’est une grossesse normale et saine, normalement stressante. L’enfant est né en bonne santé dans une famille qui peut l’accueillir correctement, minimum de sécurité financière et émotive. »

En opposition, un enfant proposé à l’adoption a « quelque chose qui a cloché quelque part » et qui ne peut donc ne peut pas être enfant modèle de base.

Le mythe est qu’avec beaucoup d’amour et de bons soins , on va transformer un enfant adopté en un « Mahé », un « Dupont », « un Tremblay ».

Il s’agit donc de faire le deuil d’un enfant à entretien ordinaire. Un enfant est un enfant à besoins spéciaux, à entretien sophistiqué.

Et si on le sait, si on a les outils, les ressources, il y a des chances que ça se passe bien. Si on ne le sait pas, ça risque de dérailler car un enfant adopté à l’international a été soumis à des facteurs de risques.

A noter qu’un enfant modèle sophistiqué demeure sophistiqué toute sa vie.

Les parents et les professionnels doivent le savoir et l’enfant aussi ! Afin de grandir correctement, de se connaître, de connaître ses spécificités.

2. Sortir des étiquettes

Il est important de sortir des étiquettes : normal, pas normal, pathologique, pas pathologique.

Accepter l’enfant comme il est et non pas tel qu’on aimerait qu’il soit.

Mettre les facteurs de protection et éviter les facteurs de risques est la 2ème chose à préparer en amont de l’adoption.

Un enfant adopté aura probablement eu des facteurs de protection à haut risque dus à un trauma complexe et précoce.

Si les adultes n’en sont pas conscients ou s’ils n’ont pas pris le temps de les apaiser, « ça va exploser », selon les termes de Johanne Lemieux. 

Personne ne souhaite ça : ni les postulants, ni les enfants.

Le cheminement

1. Un message choquant… mais souvent entendu (21:30)

Un message laissé sur la messagerie professionnelle du bureau de Johanne Lemieux a choqué plusieurs de ces collègues.

En effet, il s’agissait d’un couple de futurs parents qui voulaient savoir comment adopter « le plus rapidement, un enfant le plus blanc possible et le plus jeune possible, pour un coût le moins cher », le plus jeune ».

Sur le chemin de l’adoption, tout le monde ne situe pas au même endroit. Au départ, les candidats « ne savent rien ». Ils ne connaissent pas les procédures, les concepts et les théories de la parentalité.

Il est donc de la responsabilité de ceux qui les accueillent de les aider à cheminer.

En ayant connaissance de cela, certaines personnes peuvent prendre la décision d’arrêter les démarches. Cela ne doit pas être considéré comme un échec mais au contraire, un respect de ses propres limites et de s’apercevoir c’est que l’on n’a pas la capacité d’accueillir un enfant adopté.

2. « Cheminer », ça veut dire quoi ? (29:50)

Le terme cheminement revient souvent. Mais au fait, ça veut dire quoi ?

Quand dans l’accompagnement, les accompagnateurs précisent qu’ils sont là pour aider les futurs parents adoptants à cheminer, la question de certains peut être : « cheminer où? »

En effet, le processus d’adoption nécessite une bienveillance et une patience envers ces parents qui ne sont pas au courant de ce qui les attend. Suivant leurs niveaux d’informations, de connaissances, ils ne sont pas au courant de la notion de l’attachement, des besoins d’un cadre sécurisant pour l’enfant, du fait qu’il a pu subir des traumatismes qui peuvent ne pas se voir physiquement.

Il y a donc une temporalité à respecter dans le processus d’évaluation qui lui-même génère un stress.

3. De la nécessité d’aller à la rencontre d’autres personnes (29:50)

Rencontrer des personnes est donc nécessaire et indispensables

Travailler avec EFA, rencontrer avec des personnes qui sont passées par ce parcours, aller écouter les expériences, les vraies histoires et échanger pour pouvoir se projeter.

La richesse humaine autorise aussi à dédramatiser des choses.

Elle permet aussi, dans d’autres cas, de s’apercevoir que « ce projet n’est pas le nôtre ».

Si cela peut être considéré comme un échec, ça fait partie du chemin à faire. Il peut éviter la souffrance de ne pas avoir l’agrément.

La richesse des rencontres en chair et en os, de tous les acteurs de l'adoption

L’importance de l’accompagnement

2 types de personnes dans l’accompagnement (43:00)

En complément de cette réflexion sur les moyens mis à disposition,

Johanne Lemieux précise qu’il existe 2 types de personnes qui accompagnent dans l’évaluation :

  • Ceux qui accompagnent et
  • ceux qui scannent. Or ces derniers ne sont pas dans le savoir faire ni savoir être.

Les premiers vont aider dans le cheminement. Les deuxièmes vont juste respecter la fiche du processus et cocher, ou pas, les cases.

Une réflexion est à avoir pour faire l’accompagnement et l’évaluation ensemble et/ou avec des formations à part.

Il existe plein de formules possibles.

L’importance des réunions d’information pour faire ses choix (44:21)

En France, suivant le rapport de l’ONEP sur les pupilles de l’état, environ 30% à 40% des personnes ne confirment pas suite à des réunions. On peut en déduire qu’ils ont été très bien informés pour ne pas faire de l’adoption leur projet.

Pour lire le rapport de l’ONPE qui sort 1 an et demi a peu près par rapport à l’année de référence, cliquez ici.

L’attachement

Au Québec, les évaluations parlent elles de l’attachement ? (46:00)

Oui ! L’attachement fait partie des choses évaluées de façon systémique.

Certains échappent à la règle mais, s’agissant du facteur de protection numéro 1 pour les enfants, le style d’attachement est pris en compte.

Confié un enfant à quelqu’un qui n’a pas lui-même un attachement sécurisé, c’est aussi dangereux.

Une personne sécurisée est sécurisante, fait confiance, demande de l’aide quand elle aura besoin, va accepter l’aide quand on lui donne.

C’est une sorte de système immunitaire psychologique et physique pour le reste de ta vie, plus résistant à tout.

Il y a parfois des refus à la demande car le style d’attachement des potentiels parents est insécurisé. Cela paraît injuste pour les candidats, mais rassurant pour les enfants.

Un épisode dédié à l’attachement

La théorie de l’attachement a toute son importance dans la parentalité, adoptive ou non.

Pour en savoir plus sur le lien d’attachement, écoute le podcast dédié dans lequel j’interview Marine Plantier, psychothérapeute spécialiste du lien de l’attachement et des traumatismes, en cliquant ici :

La théorie du lien de l’attachement avec Marine Plantier.

Tous les enfants adoptés ont les caractéristiques de la normalité adoptive ?

OUI !

La normalité adoptive a été créé pour répondre à un concept qui a duré trop longtemps : 

  • Soit l’enfant adopté s’est transformé en « petit Mahé ». Il n’a plus de peurs, il est devenu comme un enfant biologique. On lui a coupé les ailes pour qu’il rentre dans le moule.
  • Soit l’enfant adopté a gardé des insécurités, des questionnements. Il a des retard de développement et dans ce cas-là, c’est pathologique.

Dans la normalité adoptive, il y a un juste milieu, la non-adaptation, le non-ajustement n’est pas pathologique, il existe des raisons qui justifient que l’enfant n’est pas rentré dans le moule.

Dans le cas de l’adoption, les deux parents sont-ils égaux ?

En opposition à une maternité, dans lequel la mère a déjà créé un lien en portant l’enfant.

Pour la mère, elle doit faire le deuil de l’enfant qu’elle n’a pas porté.

Pour le père, l’enfant adopté n’étant généralement plus un bébé, il se sent compétent car il peut partir « explorer l’univers » avec l’enfant. C’est une facette importante dans l’attachement.

Pour l’enfant adopté, il y a eu une rupture avec les donneurs de soins qui sont souvent du côté maternel. Il va donc avoir une difficulté à s’attacher à une figure de femme, qui va partir pour la nième fois.

Le côté paternel, lui a pu être peu, pas du tout présent. C’est donc nouveau pour l’enfant, c’est un modèle rare. Il va « tester » l’inconnu.

Qu’est-ce que l’allégorie des ponts ?

Les ponts représentent les ruptures consécutives dans la vie d’un enfant.

Les ponts qui se cassent à chaque fois que l’enfant s’est attaché, à une figure maternelle notamment.

Puis avec l’adoption, c’est un très beau pont. Celui-ci doit apaiser ce qui s’est passé lorsque les autres se sont effondrés.

Très belle image donc.

Quelles sont les 3 stratégies d’attachement non sécurisées ?

Dans la normalité adoptive, il existe 3 stratégies d’attachement non sécurisés.

Ces stratégies sont issues de la théorie de l’attachement avec des concepts prouvés et prouvables et revisités par Johanne Lemieux afin qu’elles soient plus compréhensives, plus claires aux yeux de tous : les parents et les adoptés.

La stratégie SUMO

Chaque style révèle des choses pas faciles avec des mots concrets.

On sort du côté pathologique.

La stratégie VELCRO

Le style VELCRO correspond au style “anxieux préoccupé” de la théorie du lien d’attachement.

La stratégie SOLO

Le style SOLO est le style “évitant inhibé”.

Quel est l’instinct du petit saumon ?

Johanne Lemieux regroupes 3 grandes catégories de personnes adoptées quant à la recherche des origines.

1/ Les personnes qui n’ont aucune envie ni besoin de retourner à leurs origines.

2/ Celles qui voudraient mais sont terrorisées de ce qu’elles peuvent trouver. C’est très inconfortable, ça fait peur.

3/ Et les personnes qui ont l’instinct du saumon. Dès petit, elles vont poser des questions, elles ont ça en elles. Elles vont tout faire pour retourner aux origines, connaître là où elles sont nées et leurs histoires.

Il est important d’ajouter une autre catégorie : Celles pour qui durant, l’enfance, l’espace pour parler des origines n’existaient pas.

Ces personnes ne se sentent donc pas légitimes à parler de cela. En effet, la recherche des origines peut commencer là il y a un espace pour s’exprimer.

Quand parler d’adoption pour la 1ère fois ?

Réponse de Johanne Lemieux : dès qu’il est dans vos bras !

Raconter son histoire à l’enfant mais aussi à vous-mêmes. L’histoire de la 1ère maman, de son arrivée dans la famille.

Il peut y avoir des enfants qui posent beaucoup de questions et d’autres qui n’en posent pas. Mais le fait de ne pas en parler ne signifie pas que les questions n’existent pas.

C’est un peu comme si les parents présentent un menu.

des parents ne donnaient pas forcément des espaces de paroles la dessus

Dans la 2ème partie de cette mini-série, on parlera de la normalité adoptive une fois que l’enfant est arrivé dans la famille.

Puis dans les 3ème et 4ème partie, sera abordé les questions et processus post-adoption ainsi qu’un système qui serait à revoir en termes d’agrément et de suivi/formations.

Ressources sur la normalité adoptive

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