Comment savoir si on a intégré notre adoption

Spread the love

Il y a encore 3 ans, j’étais dans le déni complet de mon adoption. À 35 ans, c’était une phase de ma vie que j’avais complètement ignorée, rejetée. Comme si cela n’avait jamais existé. Ou plutôt comme si l’abandon qui se cachait derrière n’avait pas existé.

J’ai toujours cru que cela n’avait aucun impact. Je n’avais pas compris que mon mal être invisible qui s’était installé au fil des années au fond de moi y était en parti lié.

Même si à l’époque, ma mère a tenté de me faire ouvrir les yeux à ce sujet, je n’ai pas voulu comprendre. Et si elle insistait, je m’énervais, en disant que cela n’avait rien à voir avec ma vie actuelle.

J’avais tort.

Mais je ne le savais pas à l’époque. Et personne ne pouvait me le dire.

La question qui dérange

Pendant de nombreuses années, j’ai détesté cette question :

Mais en vrai, tu viens d’où ?

Peu importe qui la posait. J’ai pas mal voyagé, alors quand je disais que j’étais française, peu de personnes me croyaient. (Et oui, il y a encore du boulot à faire…)

Et qu’est ce qu’elle m’énervait, me dérangeait, me mettait hors de moi cette question ! Mais je restais silencieuse. En effet, je n’ai jamais osé rien dire face à ces personnes et leurs questions, surtout quand elles sortaient de la bienveillance ou de la curiosité.

Qu’ai-je donc fait donc ?

J’ai tout enfoui au fond de moi. J’ai tout intériorisé. Je répondais que oui j’étais bien française. Point final. Si les personnes insistaient et finissaient par me demander j’étais née, à ce moment-là seulement, je répondais “Bolivie”.

Cette situation a duré jusqu’à mes 36 ans. Par la même occasion, elle a également engendré pas mal de colère au fond de moi. Mais ça, je ne le savais pas.

L’amorce du changement

J’ai ensuite réalisée, en avril 2019, qu’afin de pouvoir avancer sereinement, je devais revenir à mes bases, à mes racines. J’ai donc écouté l’histoire de mon adoption.

Écouter mon histoire, ce qu’il s’était passé lorsque j’avais 13 mois, l’âge auquel j’ai été adoptée, m’a libérée d’un poids dont je n’avais même pas conscience.

Ce sont ensuivis des mois où je ne savais plus que faire avec cette histoire : fallait-il que je parte à la recherche de ma mère biologique ?

Mais c’est pendant ces quelques mois de flottement que j’ai réalisé mon premier changement d’attitude lorsque l’on me posait cette question horrible : “Tu viens d’où ?

J’ai constaté ce changement, lorsqu’une personne, bienveillante, avec le sourire, et sans arrière pensée (il se trouve qu’elle était hispanique), m’a demandé, après plusieurs heures passées ensemble, “d’où je venais”.

Et c’est ainsi que c’est sorti tout seul :

De Bolivie

C’est la première fois de ma vie que je faisais cette réponse. Et c’est la première fois de ma vie aussi où je ne me sentais pas mal à l’aise, ni offusquée de cette question.

J’ai tout de suite été surprise de ma réponse. C’est là que j’ai compris que d’avoir écouté mon histoire m’avait permis de faire un grand pas en avant.

Le tout est de “processer”

Car au fil de mon acceptation, je me suis rendue compte que cette question ne me dérangeait plus.

Cela se voyait de part ma réponse et surtout ma façon de répondre. Aucune agressivité. Aucune rancoeur. Aucune intériorisation. Aucune gêne, aucune honte.

C’est ainsi que j’ai compris que j’avais complètement intégré ce paramètre de ma vie, mon adoption, dans ma vie.

C’est ainsi que j’ai compris que le problème ne venait pas des autres. Avant, je pensais que les gens étaient indiscrets, sans gêne, dans le jugement. Ils avaient envie de savoir quelque chose de très intime à mon sujet. Quelque chose d’intime qui me dérangeait. Je pensais que cela ne les regardait pas.

Mais on ne change pas la nature humaine.

Là où j’ai compris que c’est moi, et moi seule qui avait un problème avec mon adoption, c’est parce que cette question, je la détestais. Peu importe l’intention des gens, leur humeur, leur façon de poser la question, je ne supportais pas cette question.

Rien à voir avec eux donc.

Un problème d’identité

Je comprends également à présent, que si cette question me dérangeait tant, c’est qu’en me demandant d’où je venais, ne me croyant pas française, ces personnes m’arrachaient le seul bout d’identité auquel j’étais rattachée.

Car dans le déni de mon adoption, j’étais donc dans le déni d’être née ailleurs qu’en France. Être française sur le papier (et dans le coeur et dans ma tête) faisait partie de mon identité. J’existais en tant que française. Alors en mettant de côté ce paramètre, c’est comme si tout s’écroulait, comme si je n’étais rien.

Me poser cette question m’enlevait donc cette seule part d’identité à laquelle je pouvais me raccrocher. En ne me considérant pas comme française, je n’existais pas, j’étais considérée comme “nulle”.

Car si je n’étais pas bolivienne, ni française, alors que me restait-il ?

Rien. Et c’est là que le bas blessait.

Mais c’est seulement depuis que j’ai intégré cette part de moi, le fait d’être à la fois bolivienne et française que je n’ai plus de gêne ni de honte. Je peux être les deux à la fois, plutôt que “rien du tout”.

Ça n’est pas de la faute des autres

Si j’ai toujours mis mon agacement face à cette question sur le compte “des autres”, je me rends compte à présent que “les autres” n’ont rien à voir avec cela.

C’est ainsi que l’on peut savoir si l’on a bien intégré, bien processé, son adoption.

Si en parler ou y répondre fait très mal, nous met en colère, nous agace, que l’on intériorise ou pas, cela signifie simplement, que non, on n’a pas accepté notre adoption. Ou du moins pas complètement.

Certes, il y a certaines situations où la façon de poser la question peut nous mettre hors de nous, mais je crois que la façon d’y répondre ne devrait pas dépendre de nos humeurs.

Si si je vous assure. Pas la peine de se voiler la face. Car si on a vraiment accepté, intégré cette part en nous, alors plus rien ne devrait interférer avec cela. Et si l’on n’est pas complètement apaisé dans notre quotidien, cela vaut la peine de creuser cette question.

C’est en tous les cas ce que j’aurais dû faire il y a longtemps.

Cela m’aurait sûrement amené plus de sérénité.

Accepter complètement est peut être la clé de votre sérénité. Si l’on veut vraiment s’en sortir, se sentir apaisé, intégrer son adoption au plus profond de nous est l’un des premiers pas à faire.

D’ailleurs, Johanne Lemieux en parle très bien, avec un exemple que je trouve très parlant.


Laisser un commentaire

Participer à la prochaine Rencontre entre Adopté.es en vous inscrivant ici (rencontre virtuelle)

%d blogueurs aiment cette page :